Le sourire du dragon

Ambiance cosy et reposante. Des peintures, des dessins, des critiques de films et d'albums et des billets d'humeur... Entrez vite!!!!

06 août 2008

CASQUE D'OR

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Amélie Hélie dit Casque d'Or

Née dans le XX ème arrondissement en 1878, Amélie Hélie est une pauvre fille du peuple. A l'école, elle n'apprends pas grand chose et, dès qu'elle est en âge, elle se lance dans la profession dans laquelle elle se sait destinée: la rue, le trottoir.... Elle est moins jolie que d'autre mais la flamboyance de sa chevelure blond-roux attire tous les regards.

  L'année de ses vingt ans, en 1898, lors de ces fameux bals musettes de l'époque, Amélie danse sur une nouvelle musique très à la mode: la java. Soudain, elle aperçoit un jeune homme, pas spécialement grand ni beau mais c'est tout de suite le coup de foudre. Il a vingt-deux ans et s'appelle Marius Pleigneur. Ce n'était pas un de ces mauvais garçons que l'on rencontre si souvent dans ce genre de bal mais un honnête ouvrier polisseur qui lui aussi aura le coup de foudre pour Amélie. A tel point que pour la garder, pour satisfaire ses caprices, il a abandonné sa vie d'honnête citoyen. Il est d'abord devenu son protecteur, ensuite a pris d'autre filles sous sa protection, pour devenir enfin le chef de la redoutable bande des Orteaux. Désormais il n'y a plus de Marius Pleigneur et d'Amélie Hélie. Lui se fait appeler Manda ou tout simplement « l'Homme » avec un grand H; elle c'est Casque d'Or..... En ce début de siècle, les bandes de jeunes voyous sont en recrudescence. Le public d'ailleurs n'a pas tardé à leur trouver un nom exotique venu de la lointaine Amérique: « les Apaches ». Pendant quatre ans les hommes de la bande à Manda, comme Polly dit « le dénicheur », Frédo le balafré, le jockey, Titine mes bottes, le Rouget tiennent le haut du pavé de Montmartre à la Bastille. Mais un soir ce fut un nouveau coup du destin.....

  Manda et Casque d'Or dînaient dans un bistrot en compagnie de Dominique Leca, chef  de la bande rivale de Popincourt, et de sa maîtresse Germaine la Panthère. Casque d'Or ressentait un penchant pour Leca, le beau corse, mais Germaine comprit l'état d'esprit de la femme du chef de la bande rivale et lui fit une scène épouvantable. Leca furieux la renvoya à son trottoir et s'est excusé platement auprès de Manda. C'est alors que Manda a eu une fâcheuse initiative . Comme il avait rendez-vous avec sa bande il les laissa finir la soirée en tête à tête. Casque d'Or n'attendait que cela et fit rapidement comprendre à Leca  qu'elle n'était pas insensible à son charme. Mais le Corse repoussa ses avances car il respectait la loi du milieu qui interdisait de prendre la femme d'un chef rival, mais Casque d'Or eu une idée diabolique et dit à Leca: « De toute façon Manda n'aura rien à dire, et la Panthère non plus.

         Et pourquoi?

         Parce qu'ils sont amants, pardi! Et ce n'est pas d'hier. »

Dominique Leca l'a crue et le soir même il l'enlevait......

  Manda, bien évidement, rentra dans une colère noir d'être ainsi bafoué, lui, l'Homme avec un grand H, la terreur du quartier. Une semaine plus tard, Casque d'Or a vu arriver le Dénicheur pour une tentative de conciliation mais elle l'envoya promener. Alors des deux côtés, chacun s'est préparé à la guerre et elle a eu lieu rue des Haies au petit matin du 7 janvier. C'est là que Leca a été ramassé par la police avec deux balles dans le corps. Mais Leca ne dit rien aux policiers des événements de la matinée. Casque d'Or ne pense rien de particulier de ce drame dont elle est directement responsable. Après tout il y en aura d'autres. Que peut-elle y faire? Elle ne sait pas lutter contre son instinct, c'est une chose qui la dépasse, qui ressemble à la fatalité... A la sortie de l'hôpital Tenon, Casque d'Or descend d'un fiacre; elle vient chercher Leca qu'elle trouve devant la porte soutenu par deux de ses lieutenants. Elle va vers lui, l'aide à se hisser sur le marchepied du fiacre et s'installe à ses côtés. C'est alors qu'un cri retenti dans la rue: « Les Orteaux!... ».  Casque d'Or vit par la fenêtre le Dénicheur et Rouget qui courent, un couteau à la main, puis une forme incroyablement agile qui les dépasse en quelques bonds. C'est lui, c'est l'Homme, c'est Manda....Casquette sur la tête, foulard rouge autour du cou, Manda se trouve à la fenêtre du fiacre, du côté de Leca. Manda lève son bras droit et frappe deux fois. Le corse  touché au bras et à la poitrine s'effondre en gémissant. Immédiatement des coups de feu retentissent, les membres de la bande de Popincourt surpris par la rapidité de l'attaque réagissent enfin pour dégager leur chef. Mais Manda et ses deux lieutenants ont déjà disparu.....

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  C'est dans un état lamentable que Leca est reconduit dans sa chambre d'hôpital Tenon qu'il avait quitté quelques minutes plus tôt. Vu la gravité des blessures les médecins refusent de se prononcer et toute la bande, Casque d'Or comprit, doit quitter la chambre; le blessé a besoin du repos le plus absolu. Pourtant une personne entre dans la chambre, il s'agit du commissaire Deslandes qui est accouru et qui attend pour l'interroger. Cette fois la fièvre dont est parcouru Leca sera plus forte que le silence de la loi du milieu car il se met à articuler des mots sans suite: « C'est l'homme..... c'est l'homme... ». Tout d'abord le commissaire croit que le corse délire mais il se souvient rapidement que « l'Homme » est le surnom d'un autre chef Apache.

« l'Homme c'est Manda?

         Manda.... Oui, Manda.....Casque d'Or... »

Cette fois la police tient son inculpation, Dominique Leca a donné le nom de son agresseur. Marius Pleigneur est arrêté peu de temps après et le public de la belle-époque va découvrir avec surprise et ravissement cette histoire digne de la chevalerie opposant deux mauvais garçons de la rue se disputant une fille.

  Le 31 mai 1902 devant la cour d 'assise de la seine s'ouvre le procès de Marius Pleigneur , dit Manda chef de la bande des Orteaux, accusé d'avoir frappé de deux coups de couteau Dominique Leca, dit le corse, tout cela pour les beaux yeux d'Amélie Hélie, dit Casque d'Or. Dominique Leca bien que victime dans cette affaire a été arrêté à son tour et va bientôt passer en jugement. Après l'inculpation de Manda il s'est vite remis de ses blessures et il a été pris par la police au cours d'une expédition punitive contre les lieutenants de son rival.... Mais pour l'instant c'est de Manda qu'il s'agit et la foule se presse au palais de justice car, en quelques semaines, Casque d'Or est devenue la coqueluche du Tout-Paris. Les gens de la bonne société sont fascinés par l'égérie des mauvais garçons, la reine des apaches. Le mois précédent, elle a même été engagée dans une revue musicale intitulée « Casque d'Or et les Apaches », mais la bande de Manda et celle de Leca ayant sorti les couteaux lors de la première, le préfet de police Lépine a interdit les autres représentations. Lors de l'audience, Casque d'Or niera tout:  « Manda frapper Leca? Je ne sais pas monsieur le président. Je n'ai rien vu. Je ne sais pas qui a pu faire cela.

         Mais enfin, insista le président, Manda et Leca se sont battus pour vous. Tout Paris le sait!vous ne pouvez pas dire le contraire!

         Tout cela, c'est des inventions de journalistes! Les Apaches, ça n'existe pas. ON est tous des copains... »

Malgré la déposition de celle qu'il n'a jamais cessé d'aimé, Marius Pleigneur, dit Manda, est condamné à la peine la plus lourde pour de tels faits: le bagne à perpétuité. Avant que les agents ne l'entraînent, il lance au procureur: « Nous nous sommes battus, le corse et moi, parce que nous avions la même femme dans la peau. Vous ne savez donc pas ce que c'est que d'aimer une fille? ».  Le 21 octobre de la même année s'ouvre le procès de son rival, Dominique Leca. Cette fois Casque d'Or n'est même pas dans la salle, le président sachant par avance ce qu'elle allait dire n'a pas jugé bon de la faire citer et lui a même interdit la salle d'audiences. D'ailleurs dans le public le coeur n'y est plus, les Apaches sont passé de mode et c'est presque dans l'indifférence que le tribunal prononce sa sentence: Leca est condamné à huit ans de bagne...

  Manda et Leca se retrouveront peu après à Saint-Martin-de-Ré, le port d'embarquement pour Cayenne. Au bagne, Leca fera ses huit ans et après sa libération, préférera rester en Guyanne, où il sera tué peu après dans une rixe entre chercheurs d'or. Manda, quant à lui, subit une véritable métamorphose: ayant définitivement perdu celle qu'il aimait et pour qui il était devenu un mauvais garçon, il est redevenu l'honnête homme qu'il aurait été sans cela. Prisonnier exemplaire, se dépensant sans relâche pour soigner ses compagnons,  il est devenu infirmier-chef du pénitencier. Libéré pour bonne conduite, il n'a pas quitté Cayenne et il est mort en 1936, usé par les fièvres et le climat.... Casque d'Or, quant à elle, a tenu encore quelques temps le devant de la scène. Elle a eu de riches amants, chanté dans des cabarets, elle a publié ses mémoires et puis les mondains se sont lassés d'elle. Faute de mieux, elle a accepté la place de dompteuse dans un cirque. Mais à la fin d'une représentation un homme l'attendait, la casquette sur les yeux, un foulard de couleurs vives autour du cou. C'était le Rouget, un des lieutenants de Manda qui, pour venger son chef, lui a plongé un couteau dans le corps. Mais même si elle a été grièvement blessée, Casque d'Or n'est pas morte mais quand elle est sortie de l'hôpital, tout le monde l'avait oubliée. Elle n'était même plus bonne à s'exhiber dans un cirque. Casque d'Or, Leca, Manda, Germaine la Panthère, le Dénicheur étaient définitivement passés de mode....

  Casque d'Or, redevenue Amélie Hélie, épousa le 27 janvier 1917à la mairie du XX ème arrondissement M.Nardin un honnête ouvrier parisien, pour une fin de vie rangée et tranquille à vendre des étoffes et de la bonneterie sur les marchés de banlieue à Montreuil, aux Lilas. Amélie Hélie s'est éteinte en 1933 à l'âge de cinquante-cinq ans.

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Des apaches parisiens

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05 juin 2008

LA BANDE A BONNOT

Aujourd'hui je vous propose une très longue note, veuillez m'en excuser et j'espère que sa lecture ne sera pas trop contraignante...

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La vague de terreur anarchiste qui a fait trembler la France pendant les années 1890 semble bien lointaine en cette année 1911. D'ailleurs ce qui préoccupe le plus les gens, à juste titre, se sont ces tensions de plus en plus grandes avec l'Allemagne et qui ne laissent présager rien de bon. Les anarchistes, eux, ne sont plus très nombreux: juste quelques nostalgiques qui se réunissent dans les locaux d'un journal appelé « l'Anarchie » et que dirige un intellectuel russe Kibaltchiche et sa compagne Rirette Maitrejean ( Kibaltchiche deviendra plus tard célèbre lors de la révolution d'Octobre et comme penseur trotskiste sous le nom de Victor Serge ). Rirette Maitrejean est une jeune femme très jolie et douce qui s'est donné pour tache d'accueillir des compagnons anarchistes d'où qu'ils viennent sans leurs poser de questions. En ce mois de décembre 1911 on trouve donc plusieurs personnes aux locaux du journal:

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La bande à Bonnot

Callemin, dit Raymond la science, un intellectuel autodidacte qui prêche le « reprise individuelle », c'est à dire le vol de l'Etat et des bourgeois et de redistribuer ces richesse plus équitablement.

Il y a Carouy qui est bâti comme un vrai colosse. Il dépense ses économies pour acheter des oiseaux sur les marchés et leur rendre la liberté.

On trouve aussi le très jeune Soudy, surnommé par les autre « pas de chance » à cause de son histoire: il a été abandonné par ses parents à l'âge de onze ans, puis ensuite s'est retrouvé en prison à la suite de quelques bêtises où il contractera la tuberculose. Il est rempli de haine envers la société mais il adore les enfants de Rirette. Il les emmène souvent le dimanche se promener et leur achète des gâteaux en prenant soin de mettre des gants pour ne pas les contaminer.

Valet, un rouquin bien évidement surnommé « poil de carotte », est le plus effacé de la bande. Il y a Garnier qui est un beau garçon au type méditerranéen et au physique primaire. Il fait peur à tous ceux qui l'approche car on sent qu'il n'est pas comme les autres, qu'il peut être très dangereux.

Et enfin, le dernier a avoir trouvé refuge au journal: Dieudonné, que l'on peut presque qualifié de brave homme..... Tout ce beau monde parle, s'agite, débat mais heureusement personne n'a encore agit pour « la reprise individuelle », il manque un chef, un leader. Ce soir de Décembre 1911 quelqu'un frappe à la porte de « l'Anarchie » et Dieudonné va ouvrir:

« Je peux rentrer?

Ah! .... Entre! Quel est ton nom? »

A cause des flics.

Et pourquoi es-tu parti?

De Lyon.

D'où viens-tu?

L'homme regarde Dieudonné avec ses petits yeux gris perçants:

« Je m'appelle Bonnot, Jules Bonnot...... »

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Jules Bonnot

Jules Bonnot est né dans le département du Doubs en 1876 et enfant, il manifeste très tôt les plus mauvais penchants: c'est un garnement, un mauvais garçon. Cela s'arrange un peu lorsqu'il se marie et a un enfant. Mais tout tourne mal car à l'usine il fait du syndicalisme et milite avec les anarchistes et est rapidement renvoyé de toutes les places. Sa femme le quitte en emportant l'enfant. Cette fois c'est le point de non-retour, sa haine de la société est telle qu'il ne se promène plus qu'armé en ayant en tête qu'une idée: se venger par tous les moyens. En 1907 il travaille pour Berliet et son patron lui fait passer son conduire se qui est très rare à l'époque. Il y a peut-être en 1911 autant de gens qui savent conduire une voiture qu'il y a aujourd'hui de gens qui savent piloter un avion. Bonnot décide de quitter Lyon pour Paris suite à l'intérêt que lui porte la police lyonnaise, et décide de se rendre aux locaux de « l 'Anarchie ». Là, rapidement il va faire connaître son plan aux autres qui l'écoutent attentivement car c'est un précurseur: « D'abords, dit Bonnot, il faut être puissamment armés, et ne pas hésiter à tirer les premiers. On commence par tuer et on vole après. » Ensuite, et c'est là qu'est le génie, il décide de se servir d'une automobile. Il suffit d'en voler une et comme il sait conduire ils seront pratiquement invulnérables. Les policiers et les agents ne sont presque tous qu'en bicyclettes et à chevaux. Ils ne pourront pas les rattraper. Le plan est accepté, tous ces désoeuvrés plus ou moins révoltés vont devenir des bandits. La bande à Bonnot est rapidement constituée et va se rendre tristement célèbre.

Le premier coup a lieu le 21 décembre 1911 devant une succursale de la Société générale dans le 18éme arrondissement. Un convoyeur de fonds descend du tramway avec une sacoche remplie de 20 000 francs en titres. Il est abattu de deux coups de feu par un homme qui lui vole sa sacoche avant de s'engouffrer dans une voiture qui démarre immédiatement. Ses occupants de mettent à tirer dans tous les sens heureusement sans atteindre personne. C'est la première fois dans le monde qu'on se sert d'une automobile pour commettre une agression. Le lendemain, toute la presse parle de cette l'événement et des ces « bandits en auto ». Heureusement, le convoyeur, un nommé Caby est toujours en vit et parvient même à décrire son agresseur et à le reconnaître parmi des photos d'anarchistes: il n'y a aucun doute il s'agit bien de Garnier. Mais ce dernier reste introuvable malgré une descente de police dans les locaux de « l'Anarchie ». L'enquête piétine mais les bandits ne restent pas inactifs: le 10 janvier 1912, la bande pille une armurerie du boulevard Hausseman. Le 28 février, c'est un drame à grand spectacle qui va faire la une de tous les journaux. A sept heures du soir, une voiture descend en trombe la rue Amsterdam et heurte une femme devant la gare St Lazare, un agent siffle et la voiture accélère mais se retrouve coincée par un autobus. L'agent accourt alors que la voiture qui a de nouveau le champ libre redémarre, il saute sur le marchepied. Alors, calmement, l'un des passagers, que les témoins identifieront comme Garnier, tire trois fois sur le policier qui s'écroule et décédera quelques minutes plus tard. Dans les rues de Paris, c'est une vraie course-poursuite qui s'engage, mais Bonnot qui est un as du volant réussi à semer la police. Mais de nombreux témoins ont réussi à identifier formellement trois passagers de la voiture: le tueur-Garnier-, le chauffeur-Bonnot et un passager-Callemin. La police croit même avoir fait un pas énorme en arrêtant Dieudonné qu'un indicateur accuse d'avoir participé à l'agression du convoyeur. On le met en présence de Caby qui, bien qu'il ait déjà désigné Garnier, reconnaît cette fois Dieudonné comme son agresseur. L'arrestation de Dieudonné permet à la bande à Bonnot de manifesté une fois de plus son incroyable audace quand Garnier écrit au juge d'instruction, au chef de la Sûreté et aux principaux journaux la lettre suivante:

« Depuis que la presse a mis ma modeste personne en vedette, à la grande joie de tous les concierges de la capitale, vous annoncez ma capture comme évidente. Je vous déclare Dieudonné est innocent du crime que vous savez bien que j'ai commis... Je sais que cela aura une fin dans la lutte qui s'est engagée entre la société et moi. Je sais que je serai vaincu, je suis le plus faible. Mais j'espère bien vous faire payer cher cette victoire. »

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Garnier

La bande à Bonnot continue ses tristes méfaits et ce 25 mars 1912 réussit son coup le plus audacieux et le plus sanglant. A huit heures du matin, une magnifique Dion Bouton roule à petite vitesse dans la forêt de Sénart. Soudain, trois hommes surgissent en faisant des signes avec leurs mouchoirs et le chauffeur de la voiture, intrigué, stoppe son véhicule. Il est immédiatement tué par une rafale de balles et son passager et gravement blessé. Trois hommes sortent des buissons et rejoignent les trois autres. Tous les six s'installent dans l'automobile qui prend la direction de Chantilly. La voiture arrive devant le siège de la Société générale, stoppe, quatre homme en descendent et s'engouffre dans la banque. Pas de sommation, les bandits vont droit vers le comptoir et tirent à bout portant sur les employés. Un est tué sur le coup, deux autres grièvement blessés. A l'extérieur, la foule curieuse et inconsciente commence à s'amasser. Un des bandits restés dans la voiture prend une carabine et tire dans le tas. C'est la panique la plus totale. Les quatre hommes ressortent de la banque avec l'argent et la voiture démarre en trombe. A Paris, c'est l'affolement, tout le monde craint pour sa vie. On croit reconnaître Bonnot et ses hommes à tous les coins de rues. Le président du Conseil, Georges Clemenceau, convoque le chef de la Sureté, Guichard, et lui déclare solennellement: « C'est assez de faiblesse. Il faut en finir. Vous connaissez les noms et les signalements des hommes de la bande. Vous devez les arrêter par tous les moyens! ». A partir d'avril 1912 le vent semble tourner. La police arrête un à un les membres de la bande, une dénonciation anonyme permet l'arrestation du jeune Soudy, l'homme à la carabine, celui qui avait tiré sur la foule à Chantilly. Une autre dénonciation permet d'arrêter Carouy puis Callemin qui fut dénoncé par sa maîtresse. Ensuite c'est le tour de Monnier, qui ne faisait pas parti de l'équipe de départ des locaux de « l'Anarchie ». Mais les principaux bandits: Bonnot, Garnier et Valet courent toujours et leur capture va être l'une des plus difficiles de toute la police française.

Renseigné par un indicateur, Mr Jouin le sous-chef de la Sureté se rend chez un soldeur d'Ivry, qui recèlerait de l'argent volé par les bandits. Accompagné de quatre inspecteurs, il visite la maison de fond en comble jusqu'au dernier étage où se trouve les chambres de bonne. Jouin ouvre une des portes et distingue une forme accroupie dans l'ombre à côté du lit. Il a juste le temps de crier: « Attention, il est armé.... ». Ce sont les derniers mots du sous-chef de la Sureté qui s'écroule, tué net d'une balle dans la tête. Dans la confusion qui s'ensuit l'homme parvient à se rendre dans une chambre voisine ou il surprend une femme terrorisée. Il lui met un revolver sous le nez en lui demandant de donner ses draps. Bonnot -car c'était lui, la femme le reconnaîtra formellement- parvient à s'échapper en nouant les draps ensembles et s'en servant comme d'une corde pour descendre dans la rue et s'enfuir une fois de plus. Et cette fois, il a tué un des plus haut policier de l'Etat.

A l'aube du 29 avril 1912, Guichard le chef de la Sureté, se rend accompagné de plusieurs inspecteurs, toujours sur dénonciation, chez un garagiste nommé Dubois. Il aurait abrité chez lui plusieurs membres de la bande. Dès qu'il voit les policiers le garagiste tire, mais cette fois les forces de l'ordre sont sur leur garde et tuent le garagiste en ripostant. Alors d'autres coups de feu partent du premier étage du garage. Un des inspecteur est tué, plusieurs autres blessés. A la fenêtre, les hommes aperçoivent le visage d'un homme. Les cheveux hirsutes, l'oeil dur, il tient un revolver dans chaque main. Tous l'ont reconnu: c'est Jules Bonnot. La fusillade dure des heures. Le préfet Lepine vient en personne diriger les opérations et il est accompagné d'une véritable armé: des pompiers, des soldats et des gardes républicains. A midi, il décide de dynamiter la maison. Devant la foule de curieux venu pour voir la mise à mort de Bonnot, les deux premières tentatives échouent. A la troisième, la maison vole en éclats, c'est l'assaut général. On découvre Bonnot criblé de balles et agonisant, roulé dans un matelas. Il s'est tiré deux balles dans la tête et mourra en arrivant à l'Hôtel-Dieu. Quelques minutes avant sa mort, il avait griffonné sur un bout de papier, au crayon d'abords puis, quand la mine s'était cassée, avec son sang, le message suivant: Dieudonné est innocent.

Bonnot est mort, mais c'est n'est pas fini de la bande à Bonnot car Valet et Garnier courent toujours. Et c'est là l'épisode le plus sanglant, le plus dramatique de toute cette affaire. Le 13 mai 1912, Guichard apprend que dans une maison de Nogent-sur-Marne, il y a une femme qui habite avec deux homme qui ne sortent que la nuit et ne semble exercer aucun métier. Le 14 cinquante inspecteurs cerne la maison. Deux hommes sont en train de jardiner et dès qu'ils aperçoivent les policiers ils rentrent précipitamment et commencent à tirer des fenêtres faisant là encore des morts et des blessés. Cette fois Garnier et Valet sont pris au piège. Le préfet Lepine et le chef de la Sureté Guichard arrivent. Ce qui se passe n'est plus une opération de police mais une véritable opération de guerre: autour de la maison il y a trois cents gardien de la paix, une dizaine de chiens policiers, huit cents hommes de troupe dont un bataillon de zouaves qui, installé sur un viaduc de chemin de fer, projettent sur la maison d'énormes pierres. D'autres creuse des tranchés et mettent des mitrailleuses en batterie. La fusillade dure toute la journée.... La foule grossie, attirée par l'odeur du sang et de la poudre. La fin de la bande à Bonnot est pour ces gens un spectacle et, la nuit arrivant, on voit débarquer les élégants et les élégantes. Les femmes en robes longues et les hommes en habit se passent des jumelles pour essayer de voir ceux qui les ont fait si peur.

Il est minuit, et le préfet Lepine se rendant compte que le spectacle devient indécent décide d'en finir comme avec Bonnot. C'est à dire de faire exploser la maison. Cette fois l'opération réussit du premier coup et les mitrailleuses se mettent à crépiter en même temps tandis que les chiens sont lâchés. Quand les policiers se rendent sur place, ils ne découvrent que deux corps déchiquetés. C'est fini, la bande à Bonnot n'existe plus.....

Le procès des survivants s'ouvre le 3 février 1913 et le Tout-Paris s'est déplacé pour dévisager ces hommes qui ont terrorisé la France pendant des mois et qui sont alignés sur le banc des accusés: Carouy, Soudy, Monnier, Callemin, Dieudonné. Côté d'eux figurent les patrons du journal « l'Anarchie »: Rirette Maitrejean et Victor Kibaltchiche. L'accusation soutient une thèse complètement absurde et totalement inattendu: le chef de la bande à Bonnot n'est autre que...... Rirette Maitrejean. En effet, les locaux du journal étant à son nom, elle serait le chef de cette association de malfaiteurs.... Le 27 février 1913 le verdict est rendu dans une atmosphère survolté: Rirette, qui s'est défendue avec énergie et ardeur contre cette accusation stupide est acquittée. Son compagnon est condamné à cinq ans de prison. Une fois sa peine purgée, il retournera dans sa patrie, la Russie, et prendra une part active à la révolution. Carouy, condamné aux travaux forcés à perpétuité, n'a pas voulu de cette demi faveur. Il s'est suicidé le lendemain en laissant un mot: « N'ayant jamais connu les joies de l'existence, je quitte sans regret le monde des atomes ». Les quatre autres accusés: Soudy, Monnier, Callemin et Dieudonné sont condamnés à mort. A l'annonce du verdict on voit Callemin se lever. Très pâle, il se tourne vers les juges et leur dit d'une voix forte: « Je suis coupable c'est vrai, mais Dieudonné est innocent. C'est Garnier qui a tiré sur Caby! ». Cette déclaration jette beaucoup de doute dans les esprits. Déjà Bonnot agonisant avait laissé un mot pour innocenter Dieudonné et Caby avait tout d'abords reconnu Garnier comme son agresseur avant de se raviser et d'accuser le même Dieudonné. Tout cela est troublant mais il est impossible de réviser le procès sauf sur vice de procédure mais il n'y en a pas eu. C'est pour cela que le président de la République accorde sa grâce et commue sa peine en travaux forcés à perpétuité. Il sera libéré vingt ans plus tard suite à la campagne de presse animée par le journaliste Albert Londres.

Les trois autres condamnés à mort eux ne sont pas graciés. Le 21 avril 1913 à quatre heures du matin la guillotine est dressé dans le froid et la pluie. De nombreuses personnes sont présentes, quelques centaines environ. Soudain, la voiture noire apparaît entourée d'un peloton de gardes républicains. Elle s'arrête, Soudy sort le premier et chante « Salut, ô mon dernier matin ». Monnier lance: « Adieu à vous tous, messieurs, et à la société ». Quand à Callemin, dit Raymond la science qui descend le dernier, il se tourne vers les badauds et leur jette:  « C'est beau, hein, l'agonie d'un homme? ». Le couperet qui tomba trois fois mit fin définitivement à la bande à Bonnot.

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01 avril 2008

LA PEUR DES LOUPS-GAROUS

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Bêtes d'une puissance formidable et dangereuse, l'hiver, lorsque la faim les poussent vers les villages, les loups ont longtemps terrorisé les campagnes. Il ne faut pas s'étonner, dès lors, que l'imagination populaire ait inventé que certains humains pouvaient se transformer en loups et dévorer d'autres hommes. Les loups-garous, comme on les nomme, sont au XV ème et au XVI ème siècle fréquemment évoqués: une véritable psychose règne alors dans le monde paysan, et des individus, accusés de « lycanthropie »- ou capacité à se transformer en loups-, sont jugés par des tribunaux et condamnés, pour avoir commis des meurtres à caractère cannibale sous l'apparence d'un loup.

Car nul, à cette époque, ne doute de l'existence des loups-garous, dans lesquels on voit la manifestation du diable. De très savants esprits dissertent sur les cas rapportés. Pierre Mamor, recteur de l'université de Poitiers au XV ème siècle, ne montre, par exemple, aucun scepticisme lorsqu'il commente le témoignage suivant: une paysanne aurait vu son mari vomir le bras et la main d'un enfant dévoré par lui alors qu'il aurait pris la forme d'un loup... Les annales judiciaires font état de plusieurs procès où comparaissent des gens soupçonnés d'être des loups-garous. En 1521, en France, deux paysans, Burgo et Vincent, sont ainsi jugés sous cette accusation. Mais l'un des plus célèbres procès se déroule en Franche-Comté en 1574. On y juge un nommé Gilles Garnier, accusé d'avoir tué plusieurs personnes, dont des enfants, et de les avoir dévorées après s'être transformé en loup. La preuve? Il aurait proposé de cette chair à sa femme! C'est par un pacte passé avec le diable que Garnier aurait acquit la capacité à se transformer en loup. Plusieurs témoins racontent au procès avoir eu vent de ce pacte; l'accusé lui-même reconnaît avoir utilisé un onguent magique pour enduire son corps avant d'attaquer ses victimes. Le procès de Garnier se rapproche beaucoup de ceux où l'on juge sorciers ou sorcières et le coupable est d'ailleurs condamné à la peine habituelle dans les cas de sorcellerie: le bûcher.

En 1589, une affaire assez semblable se déroule en Allemagne: un paysan nommé Pieter Stumf est accusé d'avoir, sous l'apparence d'un loup, assassiné et mangé treize enfants, parmi lesquels son propre fils, de la cervelle duquel il se serait régalé... Le coupable est exécuté près de Cologne. Mais la lycanthropie n'est pas l'apanage des hommes. Des femmes, aussi, sont suspectées de se transformer en loups. À Lausanne, en 1604, cinq sorcières métamorphosées en louves enlèvent un enfant et le dévorent, après l'avoir fait bouillir-étrange raffinement culinaire pour celles qui sont censées agir comme des animaux. Les faits paraissant prouvés, elles sont, elles aussi, brûlées vives. La hantise des loups-garous est donc immense et des battues destinées à appréhender les créatures immondes sont organisées en France, par exemple, dans plusieurs provinces. Des cas nombreux sont répertoriés, jusqu'en 1610 environ. Dans le siècle de la raison- celui de Descartes- obscurantisme et fanatisme continuent de donner libre cours à un zèle assassin.

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14 mars 2008

L'OR PERDU DES CONQUISTADORS

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Au XVI ème siècle, l'exploitation des mines d'or du Nouveau Monde provoque un afflux considérable du métal précieux en Europe. Pourtant, bien des galions espagnols ont disparu lors de la traversée de l'océan. Leurs épaves englouties sous la mer continuent, aujourd'hui encore, d'alimenter les rêves de fortune de maints aventuriers. Les perspectives de découvertes sont en effet d'autant plus prometteuses que les galions des Rois Catholiques ne voyagent pas isolément mais le plus souvent en convois. Cette organisation alourdit les pertes en cas de désastre maritime et elle augmente les chances de profit pour les chercheurs d'épaves d'aujourd'hui.

Le principal moteur des expéditions espagnoles vers le Nouveau Monde, à commencer par celle de Christophe Colomb, est la recherche du métal précieux pour remplir les caisses de l'état. La découverte des richesses extraordinaires des royaumes indiens provoque donc rapidement ( Dès 1503 ) la mise en place d'un organisme gouvernemental chargé de réglementer le trafic maritime entre le port de Cadix et ce qu'on appelle alors les Indes occidentales: la Casa de Contratacion. Pour lutter contre l'insécurité qui règne sur les mers, la « Casa » en vient à organiser un convoi annuel de galions, surnommé la plata flota ( la « flotte de l'argent », car ce métal constitue en réalité la majeure partie des cargaisons ), chargé d'acheminer les produits de la métropole et de rapporter les richesses soutirées aux indiens ou extraites des mines exploitées sur place. Partant au printemps, elle se sépare en deux au-delà de Saint-Domingue. La « flota » de la Nouvelle-Espagne ( Mexique ) se dirige vers Cuba puis Veracruz, et celle de la Terre-Ferme ( l'Amérique du Sud ) vers Carthagène, dans l'actuel Venezuela. À Calao, sur la côte péruvienne du Pacifique, dès qu'on apprend l'arrivée des galions à Carthagène, un convoi remonte vers l'isthme de Panama pour y décharger ses précieuses cargaisons qui transitent ensuite à dos de mulet vers la côte atlantique. La « flota » de la Terre-Ferme rejoint celle de la Nouvelle-Espagne à La Havane, et le convoi repart pour être de retour à la fin de l'année à Cadix.

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Si le système des voyages par convois se montre efficace pour lutter contre les pirates, en revanche, les pertes sont d'autant plus grandes lorsqu'une flotte entière est prise dans les terribles tempêtes tropicales. À son départ d'Espagne, la plata flota comprend entre 30 et 40 galions, navires marchands et « armés ». Ces bâtiments sont accompagnés d'une dizaine de bateaux plus légers, destinés au transport de la poste et des marchandises sans grande valeur. Durant tout le voyage, le convoi est soumis à la loi du navire le plus lent, et la moindre avarie de l'un des bateaux retarde tous les autres. De plus, une erreur d'appréciation du chef du convoi, surtout dans les Caraïbes, peut avoir des conséquences désastreuses. C'est le cas en 1641. Cette année là, le général espagnol responsable de la mission fait embarquer tout l'or et l'argent sur seulement deux galions en mauvais état; l'un coule au large de Saint-Domingue après avoir échappé à un cyclone qui a déjà envoyé par le fond huit autres navires de la même expédition; le second poursuit sa route, mais il coule en vue des côtes espagnoles...

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À partir du milieu du XVI ème siècle, chaque « flota » subit son lot de désastres. L'année 1567 est l'une des pires. Un ouragan s'abat sur le convoi au large des Antilles: la majorité des galions sont coulés ou projetés sur les côtes de l'île de la Dominique. Celle-ci n'étant pas colonisée mais habitée par des cannibales, les survivants espagnols finissent dévorés ! Les ports construits par les européens n'offrent eux-même qu'une protection précaire, puisque sept navires sont détruits par la tempête dans celui de Nombre de Dios, dans l'actuel Panama, en 1563 ( cinq autres sont déchiquetés ensuite sur les récifs du golfe de Campèche ) et quinze dans celui de Veracruz, en 1590. Lorsque les « flota » malmenées finissent par retraverser l'Atlantique, leur calvaire n'est pas terminé pour autant... Ainsi, seize navires coulent aux Açores en 1591 et , en 1702, dix-neuf galions sont attaqués par une force anglo-hollandaise et tentent de se saborder dans la baie de Vigo ( en Espagne ) où ils se sont réfugiés. Enfin, les navires séparés de leur convoi par une tempête deviennent la proie toute désignée des corsaires et des pirates qui les attendent près des côtes d'Espagne, sur la route du retour: certains sont pris presque devant Cadix. Au cours des douze premières années, la « Casa » tient des statistiques: sur 391 navires partis, seuls 269 sont revenus. Les pertes s'élèvent donc, au XVI ème siècle, à plus de 30%. Et cette situation ne s'améliore guère dans les cents années qui suivent: Si l'on prend en compte que les galions ne transportent pas que des pierres et des métaux précieux, qu'une partie des pertes est due aux pirates et corsaires et que certaines cargaisons ont pu être récupérées par les espagnols sur des navires échoués, il reste tout de même une belle fortune dormant sous les eaux. Elle n'est pas perdue pour tout le monde. Certains chasseurs de trésors ont ainsi gagné jusqu'à plusieurs millions de dollars, de quoi vivre largement, même après avoir payé les frais terriblement élevés des recherches et les lourdes taxes en vigueur dans certains pays.

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02 mars 2008

LE MARY CELESTE

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La mer a toujours fasciné les esprits, suscitant un grand nombre d'histoires colportées par des marins à l'imagination enflammée. L'une d'elles, l'énigme de la Mary Celeste, contribue largement à entretenir le mythe des vaisseaux fantômes. Le 5 décembre 1872, le Dei Gratias, commandé par le capitaine Morehouse, se trouve à environ 600 milles au large des côtes portugaise, lorsqu'il croise un bâteau, le Mary Celeste, qui zigzague curieusement et dont presque toutes les voiles sont carguées.

Le bâtiment ne répondant pas aux signaux, Morehouse le rejoint et demande à trois de ses hommes de monter à bord. Les marins visitent le vaisseau, qui se révèle désert et sans canot de sauvetage. Dans les cales, ils découvrent 1 700 fûts d'alcool et des vivres pour au moins six mois. Le bâteau est en bon état, malgré une grosse quantité d'eau dans l'entrepont et les câles. En revanche, le sextant, le chronomètre et les livres de navigation ont disparu. Le journal de bord s'arrete au 25 novembre, inscription laissant penser que le vaisseau a dérivé seul pendant plus de quinze jours et parcouru environ 500 milles. D'autres surprises attendent les marins, nottament le fait que les six fenêtres des logements de l'arrière sont condamnées par de la toile et des planches. L'équipage semble avoir quitté précipitament le vaisseau sans raison évidente, pour disparaître à jamais.

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La Mary Celeste est ramenée au port de Gibraltar et examinée pr les autorités judiciaires. Les résultats se révèlent décevants, à l'exception de la découverte d'une entaille récente, longue de deux mètres, située au-dessus de la ligne de flottaison. Des traces rougeâtres sont relevées sur le bastingage mais des expertises ultérieures prouvent qu'il ne s'agit en fait que de rouille. L'hypothèse du procureur général Solly Flood est que l'équipage de la Mary Celeste s'est enivré et a assassiné le capitaine, un certain Briggs, ainsi que sa femme, sa petite fille et le lieutenant. Les marins auraient ensuite endommagé le vaisseau pour donner l'illusion d'avoir été contraints de l'abandonner après avoir heurté des rochers; puis ils seraient partis sur les canots de sauvetage. Mais, comme aucune trace de violence ne peut-être constatée à bord du bâtiment, cette explication ne convainc pas tout le monde. Selon le lieutenant Deveau, du Dei Gratias, les marins, effrayés par la grande quantité d'eau ayant envahi les cales on ne sait pour quelle raison, auraient abandonné le vaisseau, pensant qu'il était perdu. Pour lui, l'équipage est probablement mort en mer. Sitôt connu, le mystère de la Mary Celeste fait l une des journaux dans le monde entier; par la suite, l'enquête n'étant pas parvenue à résoudre l'énigme, les magazines demandent à des auteurs de concevoir une explication.

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Le Capitaine Briggs

Conan Doyle et H.G. Wells répondent à l'appel. Les années passant, les solutions les plus diverses sont proposées: île volcanique qui aurait soulevé momentanément le bateau, attaque d'un poulpe géant, folie collective, empoisonnement, et même intervention d'extraterrestres ! Un journaliste du nom de William Klein imagine, quand à lui, une escroquerie montée par Morehouse et Briggs pour toucher et se partager la prime de sauvetage. Mais une telle mise en scène suppose beaucoup d'efforts pour un résultat somme toute modeste, l'équipage du Dei Gratias n'ayant reçu, à titre de prime de sauvetage, que 8 528 dollars, soit le cinquième de la valeur de la cargaison. La légende ne cesse cependant de s'embellir et certains éléments merveilleux sont ajoutés après coup, comme la prétendue découverte dans la cuisine de la Mary Celeste d'un poulet encore chaud et de tasses de thé fumantes, accessoires qui accentuent le caractère mystérieux du cas. En 1885, la Mary Celeste s'echoue une dernière fois, emportant à jamais son secret qui demeure un des plus célèbres de l'histoire de la mer.

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Autres vaisseaux désertés:

L'histoire de la marine fourmille d 'énigmes semblables à celle de la Mary Celeste. Des dizaines de navires, en parfait état, ont été ainsi abandonnés, soudainement et sans raison apparente, par des équipages jamais revus ensuite.

En 1840, un navire français, la Rosalie, est retrouvé errant sur les flots, voiles hissées et cargaison intacte, mais déserté par ses marins. Aucune trace de lutte n'est décelée à son bord. En 1850, le Seabird est découvert près du port de Newport avec seulement un chien à bord. Le café est encore chaud sur les fourneaux et les instruments de bord fonctionnent. Une odeur de tabac flotte même dans les cabines. En 1883, la goélette J.C. Cousins s'échoue sur la côte américaine près du phare de Canby ( Oregon ). Les gardes-côtes, venus en hâte, ne découvrent personne sur le navire. Dans la cuisine, le poêle est encore tiède et la table mise. Le journal de bord, dont la dernière indication date du matin même, ne mentionne aucune anomalie susceptible d'expliquer le départ de l'équipage. Mais il y a aussi des disparitions contemporaines: des vaisseaux modernes, équipés pourtant de postes de radio leur permettant de demander rapidement du secours, connaissent aussi ces aventures. En 1940, dans le golfe du Mexique, le yacht Gloria Colite est retrouvé en pleine mer, alors que le temps est beau, sans équipage et les soutes pleines de vivres. Autre exemple, en 1953, le Holchu, aucunement endommagé, est découvert dérivant entre les îles Nicobar et Andaman. Les témoins montés à bord constatent que le bateau a tous les vivres et le carburant nécessaires. Un repas semble avoir été sur le point d'être servi et, bien que la radio fonctionne, l'équipage n'a pas envoyé de message de détresse.

Aucune explication sérieuse: la soudaineté apparente des abandons et l'absence de traces de lutte ou de violence empêchent de croire à l'hypothèse d'actes de piraterie ou de mutinerie. De plus, quitter le navire dans les canots de sauvetage signifie ine mort quasi certaine pour les équipages. Dans tous les cas cités, le mystère reste donc entier....

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25 février 2008

L'ÎLE DE PAQUES

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D'étranges statues au visage énorme, aux larges oreilles, aux orbites béantes et tournée vers le ciel se dressent dans la solitude de Rapa-nui, nom donné par les Tahitiens à l'île de Pâques. Aujourd'hui encore, elles constituent une énigme majeure de l'archéologie. Fascinants vestiges d'une civilisation ancienne peu connue, ces grandioses effigies sont différentes de celles qui peuplent les autres terres du Pacifique, et les Pascuans eux-même ont perdu tout souvenir de leur signification. Elles sont aperçues pour la première fois par le navigateur hollandais Roggeveen qui débarque sur l'île, terre aride et pauvre d'origine volcanique constituant l'extrême pointe de la Polynésie, le jour de Pâques 1722: la date donne son nom à la nouvelle terre.

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Souvent nommées les « têtes » ou les « bustes », les statues de l'île, les moaï, dont la taille varie de un à vingt et un mètres représentent cependant une silhouette entière. Mais les visages sont si disproportionnés et énormes que le reste du corps passe inaperçu. Leur nombre est évalué à six cents environ. Elles ont été taillées dans le tuf, une roche du volcan Rano Raraku, à l'est de l'île. Dans la carrière creusée dans le flanc du volcan se trouvent jusqu'à deux cents statues restées inachevées, sans qu'on puisse s'expliquer les raisons de l'abandon de ce gigantesque chantier. Les plus anciennes semblent avoir été fabriquées entre 500 et 800 de notre ère. Les moaï peuvent être regroupés en deux catégories. Les premiers se dressent sur les versants du Rano Raraku et leurs corps sont recouverts de symboles. Les seconds, ornés à l'origine de couvre-chefs cylindriques appelés pukaos, ont été levés sur des autels ( Les âhu: murs érigés parallèlement à la côte et hauts de cinq mètres ) et tournant le dos à la plage. Ils ont été renversés pendant les violentes guerres tribales du XVIIIème siècle. En 1978, l'archéologue pascuan Sergio Rapu découvre dans le sol d'immenses yeux de corail blanc et de tuf rouge, ce qui infirme la théorie selon laquelle les orbites des statues avaient été volontairement laissées béantes.

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La population pascuane, au moment de la découverte de l'île, se divise en une dizaine de clans différents sur lesquels règne un roi. Le premier d'entres eux aurait été un certain Hotu Matua, venu avec sa femme et ses compagnons d'un autre atoll polynésien en proie à la guerre. Dans les années 1950, le navigateur norvégien Thor Heyerdahl ( Rappelez-vous ma note précédente sur le peuplement de la Polynésie ) avance que les premiers habitants de cette terre ont été les descendants de Péruviens ( Hommes dits « aux longues oreilles » ) et qu'une seconde vague d'immigration a gagné la Polynésie juste avant la découverte de l'île. Mais cette thèse ne rencontre plus guère d'écho à l'heure actuelle en dépit du succès de l'expédition du Kon-Tiki, en 1947, traversée effectuée entre le Pérou et la Polynésie dans le but de démontrer l'origine amérindienne des populations océaniennes. La seule certitude en ce qui concerne les Pascuans semble être leur parenté avec les Polynésiens. Une trentaine de souverains ont succédé à Hotu Matua jusqu'en 1862. Un second roi, ou chef militaire, est aussi choisi chaque année, après une cérémonie religieuse consacrée au culte d'un Homme-Oiseau. C'est au printemps que cette fête s'organise. Elle consiste en une compétition où chaque homme doit s'emparer, avant les autres, du premier oeuf pondu par les sternes, hirondelles de mer, sur l'îlot voisin de Moto Nui. Le vainqueur ( En fait, chaque concurrent est représenté par son serviteur ) prend alors le nom de Tangata Manu et incarne sur terre le dieu Maké Maké, créateur de l'univers. Les ressources et la configuration de l'île expliquent que la société pascuane soit formée pour l'essentiel de pêcheurs et de cultivateurs. Très hiérarchisée, elle est continuellement en proie à des luttes violentes et le cannibalisme y est une pratique courante. Mais c'est une grande rafle d'esclaves menée en 1862 par des négriers péruviens qui lui porte un coup fatal en décimant la quasi-totalité de ses habitants. Aujourd'hui, les Pascuans d'origine ont pratiquement disparu, et l'île de Pâques, avec environ deux milles habitants, n'est plus qu'un département du Chili, qui l'a annexée en 1888.

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Ainsi que le prouve la découverte de quelques tablettes en bois, dites « rongorongo », qui ont échappé à la destruction des missionnaires, les Pascuans connaissaient l'écriture. Mais cette écriture reste toujours en grande partie indéchiffrable. Les textes, gravés en creux, se présentent sous la forme d'alignement de caractères formant des mots écrits de gauche à droite. Mais la ligne suivante est écrite en sens inverse, et ainsi de suite. On y trouve aussi des silhouettes d'hommes et d'animaux. On ignore toujours s'il s'agit d'un alphabet, d'idéogrammes ou de hiéroglyphes. Le scientifique allemand Thomas Barthel se consacre, depuis 1950, au décryptage de ces tablettes mais sans grand résultat pour l'instant. On le voit, l'île de Pâques est encore loin d'avoir livré tous ses secrets.

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16 février 2008

LE PEUPLEMENT DE LA POLYNESIE

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Comment, dans un triangle de près de 10 000 km2 formé par ce qui est aujourd'hui Hawaï, l'île de Pâques et la Nouvelle-Zélande, des hommes ont-ils réussi à atteindre des myriades de petites îles loin de tout continent? Comment des peuples ont-ils pu y vivre et y prospérer? Lorsqu'au XVIIIéme siècle les navigateurs européens, comme Wallis, Bougainville ou Cook découvrent, épuisés mais émerveillés, les innombrables îles et atolls qui forment la Polynésie, ils sont stupéfaits d'y rencontrer des hommes vivants si loin de tout continent. Le mystère de leur origine et de leur présence se pose dès lors. Qui sont-ils? Par quel mystère se trouvent-ils là?

Une hypothèse, pour répondre à cette interrogation, voit aussitôt le jour. Ces hommes à la peau brune et aux cheveux ondulés peupleraient ces îles depuis toujours. Ils appartiendraient à une race originale et seraient les survivants d'un continent immense, qu'une catastrophe aurait englouti. Les îles subsistantes correspondraient aux sommets des plus hautes montagnes de ce continent disparu, qui constitueraient les îles de l'actuelle Polynésie. Les techniques modernes d'exploration des eaux profondes ont permis de montrer que ce continent mystérieux n'a jamais existé. Et les étude en anthropologie ont prouvé que l'émergence autonome d'une race d'hommes n'était pas possible et que les polynésiens ne pouvaient donc en aucun cas constituer une population humaine originale.

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Si le peuplement de la Polynésie ne peut être indigène, il a pour origine des migrations. Aujourd'hui encore, deux théories s'affrontent. La première affirme l'origine américaine des polynésiens. Selon le préhistorien norvégien Thor Heyerdahl, les premier habitants des atolls se seraient embarqués, il y a 1 000 ans, depuis les côtes du Pérou, pour coloniser de nouvelles terres. Fin de vérifier son hypothèse, lui-même prend la mer sur un radeau pour rallier, depuis la côte péruvienne, les îles Tuamotu. C'est la célèbre expédition du Kon Tiki, du nom de l'embarcation. Le savant, parti en 1947 de Callao ( Pérou ), atteint l'Océanie après trois mois et demi de navigation: il a fait la preuve que la traversée était matériellement possible. A l'appui de cette démonstration, Heyerdahl avance aussi un raisonnement d'ordre théorique: il constate que l'alimentation des populations polynésiennes a été fondée jusqu'à une date très récente essentiellement sur un produit, la patate douce. Or, cette racine, effectivement, à une origine américaine, et non asiatique.

Pourtant, ni la navigation du savant norvégien ni l'argument alimentaire qu'il avance ne convainquent totalement les scientifiques. Les découvertes archéologiques effectuées depuis les années 1960 plaident en effet en faveur de l'itinéraire suivant: vers la fin du III ème millénaire avant notre ère, les premiers colons quittent, pour des raisons encore inconnues, l'Asie du Sud-Est. Ils s'infiltrent dans les archipels du Pacifique sud-occidental, déjà occupés par les populations mélanésiennes. Là, ils s'installent pendant près d'un millénaire, apprenant l'horticulture au contact des mélanésiens, également d'origine asiatique. Ensuite, grâce à leurs grandes pirogues doubles, ils découvrent bientôt de nouvelles terres inhabités: les Fidji, puis les Tonga et les Samoa. Ils cultivent l'intérieur des terres tout en exploitant les ressources de la mer. Au début de notre ère, la trop forte pression démographique, ou bien des guerres, comme le raconte encore la tradition orale, oblige les vaincus à s'exiler. De nombreux habitants partent vers l'est, fin de découvrir, dans l'océan infini, des terres nouvelles à conquérir. Volontaires ou forcés, ces voyages sont soigneusement préparés. Les nouveaux colons prennent bien soin d'apporter avec eux des armes, dans le cas où il faudrait se défendre si la nouvelle terre était habitée. Ils préparent leur survie en transportant des plantes cultivables, des plants de taro ou d'arbre à pain, des bananes et des noix de coco, ainsi que des animaux comme le porc, le chien et le poulet. Ces exilés, partis des Samoa ou des Tonga, semblent toucher d'abord, du fait des alizés, et au prix de nombreuses pertes et de grandes souffrances, l'archipel des Marquises. C'est aux Marquises que les fouilles archéologiques ont, en effet, révélé les plus anciens niveaux d'occupation des sols connus; ils sont datés des environs de 300 avant notre ère. Mais les explorateurs ne s'arrêtent pas tous là. Depuis les Marquises, ils continuent de sillonner l'océan sur leurs frêles embarcations et s'implantent finalement sur toutes les terres immergées. Ainsi, avant 700 de notre ère, ils occupent les îles de la Société ( Tahiti ), Hawaï et l'île de Pâques. Puis, entre 700 et 1 100, une nouvelle vague de colonisation se dirige vers les îles Cook, les Australes et la Nouvelles-Zélande. Une fois installés dans leurs îles, les polynésiens, séparés de tous les autres peuples du Pacifique et des autres continents par d'immenses étendues d'eau, se trouvent donc protégés des invasions et des grandes épidémies-jusqu'à l'arrivée des européens.

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11 février 2008

MALLEUS MALEFICARUM

La sorcellerie est, au départ, une survivance des religions païennes dans lesquelles les fidèles croient pouvoir communiquer, par magie, avec les forces de la nature. Puis, au fil du temps, à mesure que triomphe le christianisme, le sorcier est présenté comme entretenant un commerce avec le diable, et il est, à ce titre, pourchassé par l'église catholique désormais toute-puissante. Vers 1485 paraît le Malleus Maleficarum ( Le marteau des sorcières ) , manuel de lutte contre les démons, qui devient rapidement le bréviaire de tous les inquisiteurs.

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Selon la tradition, le sorcier est celui qui sait obtenir, par des moyens magiques et inavouables, des satisfaction tant morales que matérielles. Personnage ambigu, capable de faire le mal mais aussi de guérir, et il est à la fois craint et respecté par les populations paysannes, qui attribuent généralement de grandes vertus aux philtres qu'il concocte. Mais, dès le Xème siècle, l'église catholique voit en lui un ennemi qui incarne la survie des pratiques préchrétiennes, puis un personnage hérétique qui s'est fait le serviteur du diable. Dès 900, la sorcellerie est dénoncée par le moine Régimon de Prüm. Puis, en 1270, paraît la Summa de Officio Inquisitionis ( Le traité de l'Office de l'inquisition ), qui édicte les peines à infliger aux sectateurs du démon. En 1535, à Toulouse, un procès retentissant a lieu devant le tribunal de l'Inquisition. Soixante-trois hommes et femmes accusés d'hérésie avouent sous la torture qu'ils adorent le diable et se rendent à des sabbats. Dès cette époque, les crimes d'hérésie et de sorcellerie sont donc associés. Un démonologue de l'époque, Jean Vinetti, dans son Tractatus contra demonum invocatores ( Traité contre les invocateurs du démon ) de 1450, fait d'ailleurs explicitement entrer la sorcellerie dans le cadre de l'hérésie. Mais c'est surtout au Xvème siècle que se développe une violente répression de la sorcellerie. Le pape lui-même intervient: Innocent VIII promulgue en 1484 une bulle Summis Desiderantes qui condamne la sorcellerie comme l'on déjà fait les autorités temporelles. La publication du Malleus Maleficarum s'inscrit dans ce contexte. Il n'est d'ailleurs pas le seul code destiné à guider les inquisiteurs, puisqu'il s'inspire d'autres manuels du même genre: la Pratica Officii Inquisitionis ( Pratique de l'Office de l'Inquisition ), due à l'inquisiteur Bernard Gui ( Personnage que Umberto Eco fait apparaître dans son roman 'le Nom de la Rose' ) et le Directorium Inquisitorum ( Guide des inquisiteurs ), rédigé par Eymerich.

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Le Malleus Maleficarum est dû à deux inquisiteurs dominicains, dont Jakob Sprenger ( 1436/1505 ) supérieur d'un monastère. Le but des auteurs est de convaincre les populations de la réalité de la sorcellerie, et de donner aux inquisiteurs une méthode pour traiter ce qu'ils considèrent comme une forme gravissime d'hérésie. Le rôle laissé à la délation est important et le recours à la torture, appelée « question », est préconisé le cas échéant. Cette dernière apparaît comme un moyen parmi d'autre pour obtenir des aveux, et les tribunaux religieux ne sont pas les seuls à l'utiliser. Les auteurs remarquent que la sorcellerie est essentiellement un phénomène féminin. Ils ne font en cela que constater un fait: les procès en sorcellerie concernent alors surtout des femmes- les chiffres dont nous disposons montrent qu'un homme pour trois ou quatre femmes seulement est condamné pour ce crime. Le vieux sentiment de misogynie, ou en tout cas de méfiance de l'église vis-à-vis des femmes, qui voit dans les filles d'Eve d'éternelles tentatrices, transparaît ici. A cela s'ajoute une crainte de la sexualité incarnée par les femmes: les pages du Malleus Maleficarum relatives à ces dernières en disent long sur la crainte et le mépris que les deux dominicains leur portent. Le Malleus Maleficarum inspire une série de textes similaires qui alimentent à leur tour les verdicts de très nombreux procès. A travers toute l'Europe, la lutte contre la sorcellerie se poursuit, avec une vigueur inégale selon les époques, les plus troublées favorisant le mieux la répression. Mais c'est en Allemagne que celle-ci est la plus sanglante. La violence des juges est parfois si forte qu'elle suscite des révoltes et que certains inquisiteurs sont assassinés, dont le fanatique Conrad de Marbourg. Des procès de sorcellerie ont également lieu dans le Nouveau Monde, notamment à Salem, en 1692. Après avoir atteint son apogée au début du XVIème siècle, cette répression commence à décliner vers la fin du XVIIème siècle. Mais elle a longtemps été si intense que l'expression « chasse aux sorcières » demeure, de nos jours, synonyme de poursuites arbitraires et iniques. Poursuites vaines d'ailleurs: sorciers et sorcières continuent à mener leurs mystérieuses pratiques ou à abuser de la crédulité populaire, un peu partout dans le monde.

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03 février 2008

LES FANTÔMES DE LA TOUR DE LONDRES

Aujourd'hui on joue à se faire peur avec les fantômes de la Tour de Londres:

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Personnage des légendes relatives aux manifestations possibles d'un individu près sa mort, la figure du revenant se rencontre dans toutes les traditions culturelles du monde. Le folklore britannique a, quand à lui, si totalement intégré le fantôme que l'adjectif « hanté » vient naturellement à l'esprit dès que l'on parle d'un manoir ou d'un château britannique. Bien sûr, la plus célèbre des forteresses britanniques, la Tour de Londres, a elle aussi, son lot d'apparitions célèbres.

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Décapitée sous l'accusation d'adultère par un bourreau venu spécialement de France, le 19 mai 1536, Anne Boleyn, exécutée mille jours après avoir épousé Henri VIII, est la deuxième des six épouses et la première victime du roi qui inspira la célèbre légende de Barbe-Bleue. Après l' exécution, sa dépouille est enterrée à la hâte dans la chapelle Saint-Pierre, à la Tour de Londres, où elle est restée prisonnière. Dès lors, et pendant des siècles-la dernière apparition remonterait à 1933-, son spectre apparaît à intervalles réguliers, parfois conduisant une procession dans la chapelle Saint-Pierre ou, seule, dans d'autre endroits de la vieille forteresse. Une des plus impressionnantes manifestations du fantôme se produit toutefois dans l'hiver 1864. Une nuit, une sentinelle est retrouvée inconsciente. Accusé de s'être endormi à son poste, l'homme comparaît devant un tribunal militaire. Il raconte que vers l'aube, il a vu sortir du brouillard une silhouette blanche. Un bonnet la surmontait, sans tête en dessous, et elle se dirigeait vers lui. Après avoir fait les trois sommations d'usage, le soldat s'est approché de la forme; mais, lorsque la baïonnette de son fusil a traversé celle-ci, un éclair s'est propagé le long du canon et lui-même s'est retrouvé assommé par le choc. Tout cela ressemblerait à une excuse bien trouvée, si deux autres soldats ainsi qu'un officier ne témoignaient, après la déposition de l'accusé, avoir eux aussi aperçu le spectre par une fenêtre. Lorsqu'il s'avère que la forme, dans les quatre cas, a été vue juste sous l'ouverture de la pièce dans laquelle Anne Boleyn avait sa dernière nuit avant son exécution, le tribunal choisit de relaxer la sentinelle.

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Anne Boleyn

Le long passé de prison d'état de la Tour et la qualité de nombre de ses détenus et des victimes exécutées entre ses murs font du bâtiment ( Construit par Guillaume le Conquérant à la fin du Xième siècle ) un véritable terrain de prédilection pour les fantômes. De grandes dames du royaume, assassinées là, habiteraient ainsi le bâtiment, se promenant sur les remparts, longeant les corridors, traversant les murs. Margaret, comtesse de Salisbury, par exemple, exécutée en 1541 à l'âge de soixante-dix ans dans des conditions atroces - le bourreau dut s'y reprendre à trois fois pour la décapiter -, « revivrait » périodiquement ses derniers moments sous les yeux horrifiés des gardes , seuls humains vivants à fréquenter les lieus pendant la nuit. Mais des hommes aussi hantent la Tour. Le plus ancien fantôme est celui de saint Thomas Becket, assassiné en pleine messe dans la cathédrale de Canterbury en 1170, et qui reviendrait quelquefois visiter la Tour dont il fut un temps gouverneur. Un autre spectre illustre est celui du grand explorateur sir Walter Raleigh, emprisonné par Jacques Ier pour complot de 1603 à 1616, relâché deux ans, puis de nouveau enfermé, et décapité. Mais deux enfants, le jeune prince Edouard V et son frère le duc d'York, tués par leur oncle Richard III en 1483, se promèneraient aussi quelquefois dans les couloirs, vêtus de robes blanches et se tenant par la main. Curieusement, le donjon de la forteresse, la Tour blanche, paraît n'avoir jamais été hanté par qui que ce soit. La tradition veut qu'au début de sa construction, au Xième siècle, il y ait été pratiqué un sacrifice animal destiné à éloigner les esprits malfaisants. Or, au cours de travaux effectués au XIXème siècle, des ouvriers ont découvert à l'intérieur d'un des murs maîtres le squelette d'un chat....

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27 janvier 2008

LA RELIGION DES DRUIDES

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Les Romains, conquérants de la Gaule au 1er siècle avant notre ère, s'attachent à y anéantir l'influence des druides, chefs charismatiques des populations. Est-ce un parti pris ou bien plutôt une mesure de sauvegarde contre un culte gaulois et des chefs religieux beaucoup moins inoffensifs qu'on ne le dit.

La société gauloise est dominée par les druides et les guerriers, deux groupes que leurs fonctions place au centre des pratiques condamnées par les conquérants romains. Mais il serait simpliste de voir dans les seconds des hommes semant la mort autour d'eux, alors que les premiers ne seraient que des vieillards barbus chargés de couper le gui avec des faucilles d'or. Une des missions des druides est d'apprendre le meurtre et l'usage de la force aux guerriers. Cet enseignement est fondé sur une initiation à la mort, que l'on doit pouvoir donner sans faillir mais aussi recevoir sans faiblesse. La religion des druides enseigne que chaque homme possède une âme immortelle, qui passe, lors du décès, dans le corps d'un autre homme. Il ne faut donc pas craindre l'étape qui marque la fin d'une vie, ni hésiter à la devancer lors des combats afin de susciter l'admiration de l'adversaire et de satisfaire les dieux par son propre sacrifice. Pour arriver à cette perfection dans la culture de la violence, les jeunes guerriers sont regroupés par classe d'âge et coupés du monde des adultes. Ils apprennent les techniques de la chasse ( Au cerf ou au sanglier ), ainsi que du combat à mains nues, et ils se maintiennent par des exercices corporels dans la meilleur forme physique possible.

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César, dans la guerre des Gaules, souligne la barbarie de la société, et en donne pour exemple l'existence de nombreux sacrifices humains. Plusieurs évènements donnent lieu à ces sacrifices, qui revêtent des formes diverses selon qu'ils sont accomplis en l'honneur de tel ou tel dieu. Les sacrifices destinés à honorer les dieux suivent chacun un rituel spécifique. Ainsi, lorsqu' on immole une victime à Teutatès, le dieu de la guerre et des peuples, on la noie dans un tonneau rempli d'eau. Le dieu Esus, autre dieu de la guerre très sanguinaire, est honoré par des pendaisons. Les victimes que l'on voue à Taranis, dieu du ciel et du tonnerre, sont enfermées dans un immense colosse en osier ou en foin qui, placé sur un bûché, est enflammé par un druide. Sont immolés des volontaires, des criminels ou des prisonniers de guerre, mais aussi parfois, s'il n'y a pas d'autre choix, n'importe qui. Le départ pour la guerre est une autre occasion de célébrer de tels rites. C'est le moment où intervient un personnage clé de la société gauloise, la devineresse ou prêtresse, chargée de sacrifier une victime ( Il s'agit d'abord d'un prisonnier ) avant le combat afin d'en connaître l'issue. L'officiante fait monter la victime par une échelle au sommet d'un immense chaudron, et la poignarde en faisant jaillir son sang sur les parois. Le sang, coagulant, laisse des marques sur les bords du récipient: la devineresse est chargée de les interpréter. La couleur, la consistance, la direction des traces sanglantes sont autant de signes prophétiques. Lorsque ces signes sont difficiles à lire, la prêtresse renouvelle l'opération avec une autre victime, et elle continue si le besoin s'en fait sentir. Au fond du chaudron, le sang des différentes victimes reste liquide et s'accumule. Lorsqu'il y en a assez, la femme s'empare d'une louche et asperge la foule des guerriers présents, fanatisés par la cérémonie et prêts à mourir au combat.

Grâce aux découvertes réalisées dans les années 1960 à Gournay-sur-Aronde ( Oise ), on peut décrire le calendrier des sacrifices dans une peuplade belge, les Bellovaques, chez qui ces manifestations sont liées aux saisons et aux grandes fêtes. A Saintes, encore à 150 de notre ère, un sacrifice est accompli: 17 personnes y trouvent la mort. Parmi elles, il y a trois enfants. Les adultes ont été tués par décapitation. César n'a donc pas menti. On sacrifie des personnes pour les punir mais également pour satisfaire les exigences du panthéon gaulois auquel il faut prouver sa force et dont on doit exalter le désir homicide. Les empereurs, dès le début de la présence romaine en Gaule, proclament la suppression des druides et interdisent les sacrifices humains. Cependant, cette pratique ne disparaît totalement qu'au IV ème siècle de notre ère.

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Posté par jirluin à 12:50 - LES HISTOIRES DU DRAGON - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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